Le 16 juin 1864 se mariaient à Ploaré, Hervé Friant, agé de 26 ans, né le 15 décembre 1837 à Ploaré, fils de Thépault Friant décédé le 28 octobre 1838 et de Marie-Anne Seznec, et Marie-Anne Cloarec, agée de 25 ans, née le 29 décembre 1838, fille de Jean Cloarec et de Marie-Anne Hénaff1.

Beaucoup de parents et voisins étaient présents lors de la rédaction de l’acte scellant l’union, mais une personne ne put assister au déroulement de ce mariage, cette personne n’était autre que le père de la mariée, « interdit par jugement du tribunal civil de Quimper, en date du 29 avril 1862».
Pourquoi avait-on interdit à cet homme d’assister au mariage de sa fille ? Ignorant ce que signifiait interdit dans ce contexte, c’était la question que je me posais à l’époque de la lecture de l’acte.
Mais la réponse que je vous propose de découvrir n’aura finalement aucun lien avec ce mariage, car la question que j’aurais dû me poser à l’époque où j’entrepris ces quelques recherches, fut plus simplement : Pourquoi Jean Cloarec était-il interdit ? .
A travers ces quelques lignes, j’espère aussi donner l’envie à d’avantages de généalogistes de mener leurs investigations plus loin que dans les registres d’état civil, pour se rapprocher un peu plus de nos ancètres…
Présentation des sources utilisées :
Avant d’entrer dans le vif du sujet, afin de comprendre ma démarche et le fait que je ne vais pas présenter les faits chronologiquement, une courte présentation des sources ayant permis cette recherche est nécessaire.
- Le registre contenant l’acte de mariage du 16 juin 1864 se trouve aux archives de la ville de Douarnenez.
- Aux archives départementales les archives judiciaires post-révolutionnaires se trouvent dans la série U. La date précisée dans cet acte 29 avril 1862et le type de juridiction (tribunal civil) nous permet de trouver la côte de la liasse contenant le jugement : 15 U 74.
- Dans ce jugement il est fait référence à la requête formulée antérieurement par Marie-Anne Le Hénaff en date du 25 février 1862. On y apprend aussi que le conseil de famille a été réuni le 17 mars 1862 devant le juge de paix du canton de Douarnenez, et que conformément à la loi Jean Cloarec devra subir un interrogatoire le 13 mai suivant.
- La requête de Marie-Anne Le Hénaff du 25 février 1862 ainsi que l’interrogatoire du 13 mai 1862 ont eu lieu devant ce même tribunal civil. Par conséquent, et par chance, ces deux comparutions ayant eu lieu en 1862, les deux actes correspondants se trouvent dans la même liasse 15 U 74, contenant le premier jugement recherché.
- La convocation du conseil de famille ayant eu lieu devant la justice du canton de Douarnenez, les minutes des jugements concernant cette juridiction se trouvent dans la sous-série 32 U 8
- Dans cette série 32 U, on trouve aussi les registres contenant les listes de tous les jugments rendus par la justice de Paix de Douarnenez. Par exemple le registre 32 U 1 / 16 couvre les années 1842-1845. Par curiosité, j’ai pris un peu de temps pour chercher si des jugements faisaient intervenir quelques ancêtres. Et effectivement, non seulement plusieurs de mes ancêtres y sont mentionnés, mais on y trouve encore notre Jean Cloarec dans des actes en date du 25 juin 1828, 24 mars 1832, 31 mars 1838, 4 décembre 1844…
Les faits
Le contenu du jugement du 29 avril 1862 est assez succint et fait surtout références aux procédures précédantes. On retiendra surtout la conclusion du tribunal: “Le tribunal […], vu la délibération du conseil de famille de Jean Cloarec en date du dix sept mars 1862, enregistré, et après avoir délibéré, faisant droit sur la requête de l’autre part, ordonne que Jean Cloarec, dont l’interdiction est provoquée, sera assigné à comparaître en la chambre du conseil du tribunal, le mardi treize mai prochain, heure de midi, pour y subir l’interrogatoire prévu par la loi, en présence de monsieur le procureur impérial”.
La délibération du conseil de famille était la suivante :
“L’an mil huit cent soixante deux, le dix sept du mois de mars,
Devant nous, Louis Béléguic, Juge de paix du canton de Douarnenez, arrondissement de Quimper, département du Finistère, assisté du sieur Jean-Louis Gentric, greffier,
A comparu Marie-Anne Le Hénaff, femme Jean Cloarec, cultivatrice et propriétaire demeurant au lieu de Kerarménez en la commune de Ploaré, section du Juch; Laquelle nous a exposé que ledit Jean Cloarec, son mari, aussi cultivateur et propriétaire, demeurant avec elle audit lieu de Kerarménez, est atteint, depuis des années d’aliénation mentale, et que son état de santé loin de s’améliorer, devenant de plus en plus mauvais, et en même temps aussi de plus en plus préjudiciable aux intérêts de ses enfants, elle a dans le but de faire cesser cet état de choses, adressé une demande en interdiction au tribunal civil de Quimper, que ce tribunal, par jugement en date du vingt-cinq février dernier, enregistré, a ordonné avant de faire droit à cette demande, que le conseil de famille de son mari serait convoqué devant nous pour donner son avis sur l’état mental de cet homme, et que, conformément aux dispositions du jugement précité dont elle nous a présenté une expédition, elle a convoqué à l’amiable aujourd’hui devant nous les membres composant le conseil de famille, tant au paternel, qu’au maternel, tels et ainsi qu’ils sont ci après dénommés et qualifiés, savoir:
1° François Mathurin Keroulas, ancien propriétaire et cultivateur demeurant à Tal ar Roz en la commune de Ploaré, beau-frère
2° Louis Cloarec, cultivateur demeurant à Quillianvet en la commune de Plonéis, cousin germain
3° Jean Castrec, cultivateur demeurant à Moustoulgoat Huéla en la commune de Pouldergat, cousin-germain
4° Yves Gueguen, cultivateur demeurant à Kermabguennou en la commune de Guengat, neuveu par alliance
5° Guillaume Manuel, cultivateur demeurant au Reun en Ploaré neveu par alliance
6° Jean-Pierre Cloarec, cultivateur demeurant à Landanet en Ploaré, neuveu
Lesquels comparants réunis en conseil de famille sous notrs présidence, après avoir entendu lecture dudit jugement du vingt-cinq février dernier, que nous leur avons donnée, et avoir délibéré avec nous sur l’objet de leur réunion, ont, d’un avis unanime, déclaré qu’il y a lieu et même urgence d’interdire ledit Jean Cloarec pour cause d’aliénation mentale et pour l’empêcher de nuire plus longtemps aux intérêts de sa famille, et émis le désir que sa femme soit nommée sa tutrice.
Et de tout ce que dessus, nous avons dressé le présent acte que nous avons signé avec le greffier et ledit Guillaume Manuel, tous les autres comparants ayant déclaré ne le savoir faire de ce individuellement requis après lecture, lesdits jour, mois et ans.”
La gravité de l’état mental de Jean Cloarec semble donc très importante, mais on s’en rend d’avantage compte en lisant la requête de Marie-Anne Le Hénaff qui eu lieu le 18 février, soit 7 jours avant que soit rendu le jugement convoquant le conseil de famille :

“À M. le président du tribunal civil de Quimper,
a l’honneur d’exposer Marie Le Hénaff épouse de Jean Cloarec, cultivatrice, demeurant au lieu de Keramenez en la commune de Ploaré,
que ledit Jean Cloarec, son mari, se trouve depuis longtemps dans un état d’aliénation mentale qui s’aggrave au point qu’elle se voit forcer de provoquer son interdiction.
Leur mariage a eu lieu en 1827. Ils ont eu quatre enfants. L’affection mentale de son mari date de 1838 ou 1839. Il avait de fréquentes hallucinations et il se croyait poursuivi par les démons. Il ne travaillait plus, allait et venait sans aucun but, et paraissait toujours fort agité. En 1844 sa démence était caractérisée par l’idée fixe de la possession démoniaque. Il s’était adressé à plusieurs personnes pour solliciter d’elles de le délivrer des malins esprits.
Il vint au mois d’avril 1844 consulter feu Me le Guillou avoué. Celui-ci s’aperçut bientôt du dérangement de ses facultés intellectuelles. Il voulait que M. le Guillou fît justice des goriquet qui, disait-il, l’avait guillotiné deux fois. Il menaçait de mettre le feu sur ces goriquet.
M. le Guillou lui conseilla de s’adresser au directeur de l’asile St Athanase, et de se placer dans cet établissement où l’on trouverait les moyens de chasser les diables qui le tourmentaient.
Il venait aussi souvent trouver M. Bernhard alors procureur du roi à Quimper pour le prier de guérir, de renvoyer les diables dont il était possédé et qui le tourmentaient sans cesse.
Ce magistrat reconnu bientôt que Cloarec était atteint d’une démence qui s’exaltait en été et pouvait devenir dangereuse.
Il écrivit en conséquence M. le préfet le 18 août 1844, qu’il était opportun d’autoriser l’admission de cet insensé à l’hospice des aliénés.
Cloarec est effectivement rentrer dans l’établissement le 22 du même mois d’août 1844.
D’après les renseignements consignés sur son dossier Cloarec menaçait de mettre le feu, si l’on ne parvenait pas à le débarrasser des goriquet, des malins esprits. Il donnait beaucoup de préoccupation dans le service par sa turbulence, ses cris, son agitation et ses hallucinations. Il ne cherchait qu’à s’évader, toujours pour se soustraire aux démons. Il s’adressait à tout le monde en suppliant de lui rendre le service de conjurer ces démons.

Au mois de mars 1846, il se montrait plus calme ; les hallucinations étaient moins fréquentes ; il ne parlait plus de son idée fixe ; son état paraissait s’être amélioré.
On sollicita sa sortie. Le directeur de l’asile ne crut pas devoir s’y opposer, tout en faisant remarquer que ce maniaque ne serait jamais complètement guéri de ses rêveries.
Pendant quelque temps, il s’est montré assez paisible, à part les bizarreries que présente son caractère. Mais il ne s’occupait de rien ; il ne surveillait rien.
Depuis quelques années il paraît encore plus mobile, plus capricieux, plus agité. Il est revenu à ses hallucinations ; il se croit toujours poursuivi par les démons, par les malin esprits. Il court çà et là cherchant quelqu’un qui puisse le délivrer de ses goriquets. Ces hallucinations prennent de la consistance et de la durée. Il tourmente tout le monde ; il entrave l’exploitation ; il devient un objet de crainte pour sa femme et ses enfants qu’il maltraite souvent.
D’un autre côté, ses filles, dont l’une est âgée de 31 ans et l’autre de 24 ans, ont trouvé à s’établir avantageusement. Cloarec ne veut pas qu’elles se marient et il se livre alors à des accès de colère et des menaces.
Il paraît certain qu’à l’âge où est Cloarec, cette folie à type périodique et invétérée ne peut laisser aucune chance d’amélioration et que son affection peut être considérée comme incurable.
En conséquence l’exposant requiert qu’il vous plaise, M. le président, attendu que l’aliénation mentale de Jean Cloarec, son mari n’est que trop notoire, et que, au terme de l’article 489 du code Napoléon, le majeur qui se trouve dans un état habituel d’imbécillité, de démence ou de fureur doit être interdit lors même que cette état présente des intervalles lucides, autoriser la requérante à la poursuite de ses droits et actions et ester en jugement relativement à la présente demande ; commettre lieu de Messieurs les juges pour faire rapport sur cette requête, après communication au ministère public pour passer de ce rapport et de l’accomplissement de toutes les formalités prescrites par la loi, être de l’interdiction de Jean Cloarec son mari, prononcée par le tribunal sur les conclusions du ministère public.
À l’appui de sa demande la requérante présente pour témoins :
1° le sieur François Mathurin Keroullas époux de Jeanne Cloarec, propriétaire et cultivateur, demeurant au village de Torrenros en la commune de Ploaré ;
2° M Belléguic Juge de paix du canton de Douarnenez ;
3° M Le Clech notaire à Douarnenez ;
4° M Auguste Halna du Fretay maire de la commune de Ploaré ;
5° Le sieur nommé le Friant, cultivateur, demeurant au lieu de Keristin en la mêm commune de Ploaré.
Quimper le 18 février 1862
Guyot
Nous juge doyen de la chambre civile du tribunal en autorisons la requérante à être en justice sur sa demande, ordonnant la communication au ministère public et commettons M. Turin juge pour faire rapport sur la présente requête.
À Quimper le 19 février 1862,
pour le président empêché,
Camenen
le procureur impérial au siège de Quimper.”
Cloarec semble souffrir de graves hallucinations, mais son interrogatoire ne laisse aucun doute sur la perte de ses facultés mentales:

” L’an mil huit cent soixante deux, le treize mai à onze heures du matin;
En la chambre du conseil du tribunal civil de première instance séant à Quimper; Présents Monsieur Voyer, président et Messieurs Turin et Claret, juges; Monsieur Michel, substitut du procureur impérial et Maître Cloarec, greffier, tenant la plume;
En exécution d’un jugement de ce tribunal en date du vingt cinq février dernier, enregistré le vingt-sept et d’un autre jugement rendu par le même tribunal, le vingt neuf avril aussi dernier, enregistré le premier mai courant fixant à ce jour, l’interrogatoire de Jean Cloarec, dont l’interdiction est poursuivie, il a été procédé comme suit au dit interrogatoire, par l’organe du sieur Jean Marie Le Grignoux, âgé de quarante quatre ans, instituteur, demeurant à Quimper que Monsieur le président a nommé d’office pour interprète en la langue bretonne et lequel a prêté le serment de traduire fidellement les discours à transmettre entre ceux qui parlent de langages différents.
d: Quels sont vos nom, prénom, âge, profession, lieux de naissance et de demeure?
R: Anciennement fils d’un Cloarec, aujourd’hui pape, j’ai même envie d’être Roi, parce que ce n’est pas assez de prier Dieu, il faut être assez puissant pour punir les méchants. Je n’avais pas grande envie de posséder sa dignité, mais il le faut bien, pour arriver à punir les coupables
d: Savez-vous quel est votre âge?
R: L’époque où je suis né de l’homme et de la femme, est le huit mai 1802. Il y a un million de date depuis que les méchants sont autour de moi, mais la véritable date est de vingt sept ans environ, on pourrait savoir toutes ces dates, en prenant un peu de temps pour compter.
d: Pourriez-vous nous dire ce que c’est que les méchants dont vous parlez et pourquoi ils s’attardent à vous poursuivre?
R: C’est Keroullas qui demeure dans le manoir là-bas et sa femme qui a été ma sœur, je lui ai cependant donné tout son bien et j’ai une quittance d’elle. Ils veulent que je leur emmène Jesus Christ et que je fasse le mal avec lui, mais j’ignore ce qu’ils veulent dire par là.
d: Quelqu’un n’a-t-il pas cherché à vous protéger contre vos ennemis?
R: Si, l’huissier Le Haff à qui j’avais donné vingt écus, il y a dix ans de cela, il avait pris le lieu de l’acte, et il avait [illisible] condamné à mort.
d: N’avez vous pas d’autres ennemis que votre beau-frère et votre sœur?
R: Oui, il y a encore Alain Le Floch de Keristin qui a tué environ quinze cent mille hommes, sans que je puisse compter au juste parce que le nombre est un peu fort.
d: Vous avez deux filles, âgées l’une de trente et un ans et l’autre de vingt-quatre ans, toutes deux ont trouvé à s’établir avantageusement et cependant il paraît que vous vous oppposez à leur mariage, pourquoi cela?
R: J’aurai consenti au mariage de mes filles si j’avais trouvé des gendres capable de me défendre et de chasser les démons.
d: Vous êtes donc aussi tourmenté par les démons?
R: Oui, cependant ce sont des hommes comme les autres et qui n’ont pas l’air bien méchant, dumoins quelques uns d’entr’eux. Mais il y en a un qui quoiqu’étant d’une taille à peu près ordinaire, a un courage de diable et serait capable d’arrêter à lui seul un chemin de fer.
d: Connaissez-vous l’importance et l’étendue de votre propriété?
R: Mon domaine s’étend depuis Ploaré jusqu’à Paris et même jusqu’en Russie. J’aurais mille royaumes à gouverner, si je parvenais à dompter les méchants. J’ai même des droits dur la Judée.
En l’endroit, nous avons présenté à l’interrogé une pièce de dix francs en or, une de cinq francs en argent, une d’un franc, une de cinquante centimes et une pièce de cinq centimes de Betton et lui avons demandé s’il en connaissait la valeur.
L’interrogé après les avoir examiné avec soin, les a très bien reconnues et nous a exactement indiqué la valeur de chacune. Lecture donnée en Breton par l’interprète à l’interrogé de son interrogatoire, il a dit persisté et a signé avec les membres du tribunal, le substitut du procureur impérial, l’interprète et le greffier.”
Les “prémices” de l’aliénation mentale de Cloarec :
Les différents jugements rendus dans les premières années de la vie de Cloarec montrent qu’il n’était pas très commode : “L’an mil huit cent vingt huit, le vingt cinq juin dix heures du matin, […] est aussi comparu Jean Cloarec aux qualité & demeure que dessus, lequel a dit qu’il ne payerait rien, pour indemnité, que s’il a coupé des arbres, il les a coupés parce qu’il en avait le droit ; que depuis qu’il demeure à Keramenez, il a toujours usé de cette faculté sans opposition. & a déclaré ne vouloir signer.”

Le 24 mars 1832, pour un procès l’opposant à Pierre-Marie Le Doaré propriétaire du domaine congéable de Keramenez, Jean Cloarec ne prend même pas la peine de venir au tribunal dont le jugement se termine ainsi :”Après avoir attendu jusqu’à une heure de l’après midi sans que les defendeurs aux qualités et demeure que dessus aient comparu ni en personnes ni par fondé de pouvoir, Nous juge de paix avons donné défaut faute de comparoir contre les susdits Jean Le Cloarec et femme et pour le profit, les condamnons aux dépens taxés à treize francs soixante-quinze centimes non compris les coûts et levée du présent jugement en quoi ils sont aussi condamnés[…]”.
Enfin, la délibération du conseil de famille du 4 décembre 1844 nous confirme que c’est bien à la suite de problèmes liés à la tenue de sa propriété que son premier internemen eu lieu. Ainsi même si l’avis du conseil de famille quant à l’aliénation de Jean Cloarec n’était pas unanime, l’ un ayant “répondu qu’il ne le croyait pas fou, qu’il le voyait travailler et qu’il faisait bien ses marchés”, l’autre “qu’il n’était pas apte à décider sur l’état de son beau-frère, attendu qu’il avait très peu de relation avec lui”, un autre “que son oncle Jean Cloarec était tout à fait fou, qu’il en avait des preuves convaincantes”, ou encore “qu’il croyait bien aussi son oncle fou, qu’il avait peu de relation avec lui, mais que toutes les fois qu’il a eu occasion de le rencontrer, il s’est apperçu qu’il divagait toujours”; l’avis de sa femme est plus argumenté, laquelle “a dit qu’elle est mariée depuis seize ans, que les six ou sept premières années de son mariage son mari n’avait donné aucun signe d’aliénation, qu’il était très laborieux, bon père et bon mari, mais que depuis près de neuf ans, après le congément du lieu de Keramenez en Ploaré dont il se croyait seul et unique propriétaire, il avait complètement perdu la raison, qu’il était souvent furieux, ce qu’elle pourrait prouver au besoin par tous ses voisins.”
Et on connaît la suite…
Epilogue
Jean Cloarec décèdera à 75 ans, le 8 novembre 1877, chez lui à Keramenez. Faut-il croire qu’encore une fois il sera autorisé à quitter l’asile Saint-Athanase ? L’accès à son dossier médical nous aurait permis d’en savoir encore un peu plus sur la fin de sa vie. Cependant, le délai de 150 ans n’étant pas encore atteint, une autorisation exceptionnelle aurait été nécessaire. Mais je pense que d’autres ancêtres méritent aussi de sortir de l’oubli, alors laissons l’histoire de Cloarec se finir ainsi…
Les dates importantes dans la vie de Jean Cloarec :
- 27/04/1802 naissance de Jean Cloarec
- 12/03/1828 mariage de Jean Cloarec avec Marie-Anne Le Hénaff
- 25/06/1828 non-conciliation entre Jean Cloarec et Henri Marie de Carbonel de Cassisi
- 24/03/1830 jugement par défaut portant renvoye au tribunal compétent pour nomination d’expert entre Le Doaré et Cloarec
- 31/05/1838 non-conciliation entre Jean Cloarec et femme, et Yves Le Bihan et femme, de Ploaré
- 29/12/1838 naissance de Marie-Anne Cloarec
- 04/12/1844 avis de parents sur l’état mental de Jean Cloarec de Ploaré
- __/03/1846 Jean Cloarec sort de l’asile
- 28/05/1850 non-conciliation entre Jean Cloarec et Pierre Kervarec
- 25/02/1862 requête de Marie-Anne Le Hénaff pour l’interdication de Jean Cloarec
- 17/03/1862 Conseil de famille de Jean Cloarec
- 29/04/1862 Jugement fixant l’interdiction de Jean Cloarec
- 13/05/1862 Interrogatoire de Jean Cloarec
- 21/07/1862 Tutelle instituée de Jean Cloarec
- 16/06/1864 Mariage de Marie-Anne Cloarec avec Hervé Friant
- 08/11/1877 décès de Jean Cloarec à Keramenez
- Article initialement publié dans Le Lien. Centre généalogique du Finistère, 2003, n° 87, p. 28-33. Je le republie ici car j’ai découvert récemment que son costume était au musée départemental breton : https://www.instagram.com/p/DUJW19MgqJG/?img_index=1 ↩︎
